![]() |
|
|
Histoire de course LE BONHEUR EST DANS LA COURSE Quand j'étais petite j'allais à l'école en courant, je venais dîner à la maison en courant, je retournais à l'école en courant et revenais à la maison en courant. La course était mon moyen de transport comme le skateboard est celui des jeunes aujourd'hui. Je voulais aller jouer à la tague en face de chez Éric Dion? Je resserrais mes lacets et m'y précipitais à la course. Chaque fois que j'arrivais à destination, je levais les bras pour franchir une ligne d'arrivée imaginaire, semblable à celle que j'avais vue lors des Olympiques de 76. Je me souviens encore de la sueur sur ma peau d'enfant, du souffle court, de l'euphorie ressentie après une échappée imaginaire. Je me souviens de ces élans que je prenais pour sauter en plein centre des flaques d'eau, du vent soulevant mes cheveux, fouettant mes joues rouges. Je me souviens de ce podium olympique fictif sur lequel je montais après presque chaque course. De purs moments de bonheur. Puis j'ai grandi. Mon corps s'est mis à afficher ses rondeurs féminines. Je suis entrée à l'école secondaire avec un corps transformé que je n'aimais pas et qui ne courait pas. J'ai fumé ma première cigarette et plusieurs autres. J'ai par la suite très peu couru. Quelques fois chaque année pour me rappeler à quel point ce bonheur me manquait, mais aussi pour constater les ravages causés par mes excès. À bout de souffle, j'abandonnais rapidement l'espoir de compléter un jour un marathon. Ensuite,
j'ai eu 30 ans. Le premier hiver, n'osant pas affronté le froid, j'ai apprivoisé le tapis roulant du gym. 5 minutes de course suivie de 2 minutes de marche pendant 30 minutes. J'ai progressivement réduit les périodes de marche pour en arriver quelque 8 semaines plus tard à courir pendant 50 minutes sans pause. Puis j'ai couru mon premier 10km en gang lors du Festival de la Santé. L'énergie de la foule et les encouragements des autres coureurs m'ont nourri pendant des semaines. À partir de ce moment, le bonheur m'a assailli de partout. Je me suis mise à rechercher la compagnie d'autres coureurs, cyclistes et randonneurs. Ce même été, j'ai participé à un raid d'aventure. 114km de trekking, vélo et canot à parcourir en 2 jours entre St-Michel-des-Saints et St-Alexis-des-Monts (Raid Abemasic). J'y ai découvert que j'avais la couenne dure et beaucoup d'endurance! J'y ai découvert que courir dans les bois c'est le nirvana! Je ne suis plus une femme ordinaire lorsque je cours dans les bois. Je suis celle qui court en riant. je suis Danielle Boone, Laura Ingles, Ti-Rouge Gauthier. Depuis ce jour, le bonheur me court après. Il s'est installé dans ma vie. J'ai joint une équipe de triathlon avec laquelle je me suis entraînée tout l'hiver. Chaque matin, 5 à 6 fois par semaine j'ai religieusement préparé mon sac du jour alternant entre les espadrilles de course, le maillot de bain et le cuissard de vélo. Entre la piscine, le gym, la classe de spinning, la montagne et le parc. Fidèle à mon bonheur, mon entraînement, mes nouveaux amis, ma nouvelle vie. Un an après mon premier 10km officiel, j'ai participé à mon premier marathon, puis à une course hors sentier de 10km à la montagne; puis à mon premier triathlon. Finalement, le 13 octobre 2002, juste un peu avant midi, j'ai franchi la ligne d'arrivée du marathon de Chicago en levant les mains au ciel. J'ai même versé une larme. Je rêvais secrètement de ce moment depuis plus de 26 ans alors quand ça arrive, ça vous chavire les tripes à en brailler. Marquée par les Olympiques de 1976, la ligne d'arrivée des courses de mon enfance a toujours été celle du marathon. Le 13 octobre dernier, ce n'est pas la fin d'une course de 42,2km que je célébrais en levant les bras, mais bien la victoire de l'effort, de la persévérance et du désir de croire que nos rêves les plus fous se réalisent un jour. Ce marathon donne la cadence à une série d'autres. J'espère conserver ce bonheur de courir jusqu'à 90 ans. Ce bonheur s'appelle contemplation, concentration, dépassement de soi et paix. Mon temps? Maudits fatigants. Je me sens obligée de vous dire que je suis capable de courir plus vite que ça quand vous me demandez mon temps. Je me sens obligée de vous dire qu'il y avait plus de 37 500 coureurs et qu'on ne peut pas courir vite les premiers milles; que je suis allée 2 fois aux toilettes (4 minutes). Je me sens obligée de vous dire que j'ai couru avec un partenaire extraordinaire qui souhaitait réaliser un temps de 4h30min et moi de 4h00 et que l'on a finalement adopté un rythme pour terminer en 4h15min. Que la première femme à compléter les 42,2km, Paula Radcliffe, l'a fait en 2h17min. Incroyable! Il faut que vous sachiez que ce fut la course la plus extraordinaire de toute ma vie. J'en ai apprécié chaque moment. Le froid mordant, le vent dans mes cheveux détachés, la foule, la musique, Chicago. Je n'ai pas souffert un instant et ça m'étonne encore! Pas une seule mauvaise pensée, pas un seul moment de découragement n'est venu assombrir cette course incroyable. Le bonheur éprouvé tout au long du marathon fut décuplé par le plaisir de partager ma joie avec un partenaire. Merci Michel! Nous ne nous sommes quittés qu'au dernier mille où j'ai accéléré jusqu'à la ligne d'arrivée. J'ai levé les bras, émue. Ça y est! J'ai terminé mon premier marathon. Vous pensez que le bonheur est dans le marathon? Détrompez-vous. J'ai rendez-vous avec le bonheur aussi souvent que je le veux, sur la montagne. J'emprunte le chemin des calèches en joggant doucement puis, tout béate d'endorphine, je me tape la boucle du sommet pour voir Montréal de loin ou encore les escarpements pour espionnez les oiseaux. Ça marche à tout coup! Je me gèle les dents à force de sourire et je deviens toute gaga constatant qu'une fois de plus, le bonheur est dans la course... et dans mes veines. Guylaine
Gauthier
|
|
| Fondatrice Courir.org : Nathalie Collin | Conception
: Jean Joly |
Informations : 514-387-0404 |
||