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Histoire de course Ma carrière de coureur Par Daniel Grégoire Ma plus belle histoire de course, c'est l'histoire qui m'a amené à la course, une histoire qui d'ailleurs se poursuit. Ma carrière de coureur a débuté d'une bien drôle de façon, quand ma blonde s'est permis de faire des commentaires peu élogieux à propos de mon expansion économique régionale du côté du ventre. C'était la panique en la demeure, mais elle avait bien raison. Depuis que j'avais l'âge de raison, j'avais bien tenté de la natation par ci, du vélo par là, de la randonnée en montagne par en haut, mais pas trop sérieusement. Étant sur le point d'atteindre l'âge du Christ, ou la crisse d'âge comme diraient certaines mauvaises langues, je devais prendre les moyens qui s'imposent et vite. Pour perdre le ventre qui se pointait, je devais pratiquer un sport qui me conviendrait. Oui mais lequel? C'est encore ma douce moitié qui a trouvé la solution en me proposant la course à pied, sport qu'elle avait pratiqué pendant qu'elle était au cégep et ô miracle, elle avait encore ses notes de cours. Je me suis donc promis de faire de la course à pied dès mes 33 ans qui approchaient à grands pas (ou à fond de train dirais-je aujourd'hui). Nous étions alors à quelques semaines de feu le marathon de Montréal, qui proposait un volet relais à quatre. Je n'avais pas encore mis le pied dehors que j'étais prêt à foncer dans l'aventure. Mais ma copine m'a gentiment rappelé que je devais commencer par... commencer. Pour dire toute la vérité rien que la vérité je le jure, j'avoue ne pas me souvenir de mes premières sorties. Mais je me souviens très bien de la fois où j'avais trouvé le dépliant de la Classique du parc Lafontaine en allant m'acheter ma première vraie paire de chaussures de course. On y proposait une course de 5 km, ce qui était plus modeste qu'un quart de marathon certes, mais beaucoup plus réaliste. C'était ma première course. Je savais que je ne devais pas partir en peur, car je le regretterais par la suite. Alors j'ai joué de prudence. Quand je suis arrivé au bout de 27 minutes et qu'il n'y avait pratiquement que ma blonde à l'arrivée, j'avais trouvé l'expérience assez difficile, mais j'étais accroc. J'avais trouvé mon sport. J'ai ainsi couru mon premier hiver sans que la saison froide ne gèle mon enthousiasme, vêtu d'un sweatshirt et de culottes d'entraînement en coton ouaté, sous lesquels je mettais des combines à grands manches quand il faisait froid. J'ai poursuivi mon entraînement jusqu'à l'automne et quand de nouveau est venue l'heure de la Classique du parc Lafontaine, j'ai décidé de courir le 10 km. J'étais alors beaucoup mieux préparé. Ce jour-là, il tombait une espèce de crachin tristounet. Je m'étais entendu avec ma copine pour qu'elle m'attende à l'arrivée. Le signal du départ donné, je me suis précipité, davantage pour me réchauffer que pour battre un record (surtout que je n'avais pas de record à battre). J'ai donc couru allègrement ce premier 10 km de ma carrière en me faisant dépasser par tout le monde. Mais c'est l'image qui m'est apparue après avoir effectué le dernier virage menant au fil d'arrivée qui restera gravée à jamais dans ma mémoire. Il n'y avait plus personne au fil d'arrivée... sauf ma fan numéro un, qui tenait son petit parapluie noir. Tout le monde était entré se protéger de la pluie. Et au-dessus d'elle, le chronomètre indiquait 47:03. Pendant sept ans, j'ai continué de courir tous les deux ou trois jours, tout dépendant du temps et de mon état d'esprit, et je participais à une ou deux courses de 10 km par année. La course à pied était devenue pour moi le moyen de me maintenir en forme et de relaxer. Inutile de dire que ma bedaine menaçante était disparue depuis longtemps. Je me contentais de courir pour le plaisir sans chercher à m'améliorer jusqu'à ce que surgisse la fameuse « crise de la quarantaine ». Veux, veux pas, il arrive un moment dans la vie d'un gars, et d'une fille aussi, où tu fais le bilan de ce que tu es, de ce que tu as fait et de ce que tu veux être. Comme tout le monde, je n'y ai pas échappé. Côté forme, j'étais pas mal satisfait, mais j'avais envie de « pousser » un peu plus, question de voir de quoi j'étais capable. D'autant plus qu'on venait de changer de millénaire et il fallait bien le commencer du bon pied... d'athlète! Je me suis donc mis à courir davantage et plus rapidement, ce qui s'est avéré fructueux, car j'ai réussi à battre mon vieux record romantique de 47:03. À voir le nombre beaucoup plus élevé de coureurs participant à différentes épreuves en cet an 2000, il était bien évident que je n'étais pas le seul en crise de quarantaine! Mais en enclenchant le processus de l'amélioration de la performance, je n'avais pas réalisé que je mettais du même coup mon pied de coureur dans l'engrenage de ce qui est devenu une passion. D'abord, quand ma saison de course 2000 a pris fin avec, vous l'aurez deviné, la Classique du parc Lafontaine, j'étais plus en forme que jamais. Mais c'est un peu frustrant d'être au sommet de sa forme quand l'hiver s'en vient. J'ai alors décidé de maintenir le cap en commençant un entraînement marathon. J'avais déjà dit que jamais je ne ferais de marathon. Mais seuls les fous ne changent pas d'idée, non? Ceux et celles qui ont fait un marathon savent que l'entraînement qui le précède est long, surtout en hiver. Que d'heures passées à courir sur une chaussée glacée, sous la neige ou dans la sloche. Mais le jeu en valait vraiment la chandelle, car un marathon, c'est une aventure en soi. C'est l'aboutissement de tous tes efforts pendant ton entraînement, où toute ta détermination est centrée sur ces 42.2 km que tu t'es promis de franchir. Une fois mon premier marathon terminé avec succès (bon ok, je vais le dire, en 3:32), j'ai repris mon entraînement comme d'habitude. Un nouvel été est arrivé. Il y eut un automne, il y eut un printemps. Et ce printemps-là, le dernier en date, j'avais l'impression de faire un peu de surplace. Il était temps que je me rapproche de mes confrères et consœurs. Je me suis donc joint à un club. L'avantage du club, c'est qu'on se retrouve entre nous, qu'on peut parler de nos courses en détail en sachant que l'autre comprend ce qu'on lui dit. Le club nous enfonce aussi encore plus dans l'engrenage de notre passion commune, ce qui fait bien notre affaire dans le fond. Puis il faut bien l'avouer, malgré toutes ces histoires de train, de demi-train, de steady pace et de 500 m en 1:57.20 auxquelles je ne comprends rien en toute mauvaise foi, les résultats sont là. Je m'améliore dans la bonne humeur et j'apprends à aimer encore plus ce sport que j'ai commencé à pratiquer le siècle dernier (ça fait plus expérimenté de le formuler comme ça). Voilà où j'en suis dans ma carrière de coureur. Et à voir rouler certains de mes confrères et consœurs, j'ai l'impression qu'elle est loin d'être terminée. Daniel Grégoire
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