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INTERVALLES Les intervalles sont les espaces plus ou moins larges entre deux corps; ou des temps séparant deux moments. Du moins, c’est la définition qu’en donne Le Petit Larousse. Mais si vous plongez dans le monde de la course, là, c’est du tonnerre qu’il est question. Pourtant, ils sont la porte d’entrée des records personnels, des accomplissements de rêves. Ils vous propulsent vers des plateaux plus élevés et j’en passe. Émile Zatopek en est le plus illustre exemple. Il s’est insurgé contre les kilomètres bidon, ces distances qu’on accumule pour développer son endurance. Il disait, je ne veux pas courir longtemps, je veux courir plus vite. Sachant que la répétition est un ingrédient essentiel de l’apprentissage, il s’est mis à faire des 400m rapides, jusqu’à 40 ou 50 dans une même séance. Il avait percé le secret des intervalles. Alors, pourquoi craint-on tant cet élixir de la performance? Plusieurs raisons justifient cette peur, mais à mon avis, la principale se résume dans la difficulté du dosage des efforts. C’est un peu comme avec une voiture de course, le calibrage dans les accélérations, les freinages et les relances, le doigté des manœuvres peuvent faire toute la différence entre victoire et échec. Lorsqu’on se pointe à une séance d’intervalles, dans mon cas du moins jusqu’à tout récemment, c’est la moiteur de mes mains qui m’indiquait les sensations à venir. J’avais pourtant les plus belles intentions. Sachant que cette torture devait se faire en dignité, je me présentais le plus frais et dispos possible, afin de minimiser les affres qui invariablement affligeaient mes jambes, mes poumons et ultimement mon moral. J’étais un peu comme cet oiseau qui ne réalise pas qu’il y a une fenêtre qui l’empêche d’atteindre le fruit convoité à l’intérieur de la maison et qui s’assomme à qui mieux mieux-mieux tout au long de la journée. Un jour j’ai pris la décision de prendre les intervalles par le biais du plaisir, en me donnant pour but de m’amuser tout au long des séquences. Je devais, enfin devoir ici est un bien grand mot, disons que mon plan suggérait de faire 4X 1km à vitesse de 5km, moins 15 sec du km. Je sais, c’est un peu du jargon, mais l’histoire ne s’arrête pas là. D’entrée de jeu, comme à mon habitude, je pars trop vite, mais cette fois, convaincu que je n’avais pas à souffrir, j’ai relâché juste un peu après deux cents mètres et gardé cette cadence jusqu’à la fin de mon premier km. Surprise, à peine 10 secondes plus lente que mes séquences de torture. Mieux, l’idée des kilomètres à venir plissait mes lèvres d’un large sourire. La leçon de cet entraînement m’est apparue beaucoup plus tard. Je n’osais m’admettre la place qui me convenait et m’acharnait à prendre mes rêves pour des réalités. L’orgueil peut nous empêcher d’apprendre. Nous en avons besoin pour vivre en dignité, mais il faut parfois freiner ses élans pour trouver le chemin de nos espoirs Yves Daigneault LES RIVERAINS Courriel : yrdaigneault@hotmail.com
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